Marathon de PARIS : Fabien raconte...

 

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Il s'agissait de mon 2eme marathon, après celui de 2009 que j'avais terminé en 3h32 dans un bon état de fraîcheur mais avec la frustration de me dire que j'aurais pu partir sur un objectif plus ambitieux.
5 ans après j'ai donc décidé de me réaligner sur cette épreuve pour voir ou j'en étais et avec la ferme intention d'aller chercher les 3h15 !
L'aventure a donc démarré dés cet hiver avec une montée progressive des entraînements avec quelques sorties DDX pour passer s'économiser les kilos superflus des fêtes de fin d'année.
Puis la "vraie" prépa a démarré à 12 semaines de l'événement sur la base du plan de Stéphane.
Très rapidement j'ai vu que le niveau d'intensité des entraînement était un cran au dessus de ce que j'avais l'habitude de faire. ( fractionnés à 17,5 )
Le plus dur a été de tenir les sorties longues de plus de 2h à 12,3km de moyenne.
Heureusement qu'un autre DDX ( Yohann ) était là pour m'accompagner sur ces sorties. Il n'y a rien de mieux que l'émulation d'un groupe pour tenir le choc quand le rythme s'accélère.
J'ai adoré ces 3 mois de préparation avec la discipline que cela impose et ce malgré une amplitude horaire de travail importante.
J'ai aimé sentir les effets bénéfiques sur mon cardio et sur ma balance ( -4kilos :-)
J'ai adoré les sorties seuils & fractionnés à plusieurs qui permettent de ne pas lâcher quand la fatigue aurait pu facilement prendre le dessus
Pour arriver dans un état de forme idéal j'ai fini la préparation par 1 semaine d'entraînement light en altitude à Font Romeu ( vélo, ski de fond, raquettes )
Ma prépa a été minutieuse, voire militaire. Je n'ai loupé aucun entraînement quelque soit les conditions météo.
J'ai encore le souvenir d'une sortie interminable de 2h30 en Kway sous une pluie battante..:-(
J'ai surveillé mon alimentation et j'ai banni tout verre d'alcool sur le dernier mois.
Enfin je suis allé repérer en voiture les quelques pièges du parcours ( tunnels, cote du 32éme km ). Je n'aime pas laisser de place au hasard...
Puis le jour de la course arriva:
Sentant que mon état de forme est à un niveau maximal et ayant amélioré mon chrono au semi de paris le mois précédent ( 1h26) je décide de revoir mon ambition chrono à la hausse en partant sur une base de 3h10 soit 4'30/km, soit 13,3km de moyenne. Du coup je change mon SAS de départ pour me placer dans le SAS 3h. J'avais gardé un mauvais souvenir du départ de mon précédent marathon ou j'avais perdu beaucoup de temps à zigzaguer.
Seul bémol, partant 25min avant les autres DDX je ne pourrai pas me joindre à eux pour la photo sous l'Arc de Triomphe. Dommage...
Je me place dans le SAS et pars 2 min après les élites en assumant de me faire doubler non stop pendant prés de la moitié de la course.
L'expérience aide à ne pas se laisser embarquer par la folie ambiante du départ, je me suis donc mis dans ma bulle et sur mon rythme moyen et regardant avec malice les coureurs que je pense redoubler quelques kms plus tard...:-)
L'ambiance est superbe, avec des groupes de musiques et de pom pom girls tous les km. Le temps est parfait et le parcours est toujours aussi beau !
Les km s’enchaînent très rapidement et je respecte à la seconde prés mes temps de passage.
J'ai collé sur mon avant bras un tableau avec mes temps de passages que je vérifie tous les kms ce qui me permets de rester régulier.
J'avais anticipé les pièges du 2eme semi en prenant 1min d'avance sur la 1ére moitié du parcours, je passe donc au semi en 1h34,05 soit 4'28/km
A partir du semi, changement de physionomie de la course; après avoir été doublé pendant 20 km je reprends les coureurs un par un comme si je m'étais mis à accélérer mais ma montre atteste bien que je suis au même rythme mais la majorité des coureurs ralentissent irrémédiablement.
Ce sentiment est grisant et me conforte dans ma stratégie de course.
Vient alors ma carte joker, un ami qui me récupère au 23éme km pour me faire le lièvre jusqu'à l'arrivée, me faire boire & m'encourager.
Cette aide s'avérera mentalement précieuse sur les derniers km.
Arrivent alors ces fameux tunnels le long des quais de Seine. Un très mauvais souvenir !
Même s'ils ne constituent pas une difficulté majeure, ça casse le rythme et l'enchaînement avec la cote de Mirabeau au 32eme est rude.
Je ne cherche pas à laisser trop d'énergie sur ces difficultés et assume de perdre 7 sec du km sur ce tronçon en utilisant mon avance d'1 min.
On rentre dans les 10 derniers km et je me trouve très entamé physiquement. Me serais-je sur estimé en partant sur un chrono trop ambitieux ?
Peut importe, je suis toujours dans les temps, c'est dur mais il faut que j'assume.
J'avoue que les 5 derniers km ont été les plus durs de toutes les courses que j'ai pu faire.
A partir du 36eme km j'ai arrêté de regarder mon chrono en déléguant la responsabilité à mon lièvre de m'imposer le rythme nécessaire.
Mes jambes commencent à brûler comme jamais, je sens bien que je commence à me désaxer quand je cours, mon corps ne tient plus droit.
Mon ami voit bien que je suis dans le dur, il ne cesse de m'encourager de positiver en me donnant ma moyenne tous les 300m.
Je ne lui parle plus, je suis dans ma bulle, je cherche à ne plus penser à la douleur mais la douleur pense toujours à moi.
Je me répète alors mentalement des expressions toutes faites du style "t'as jamais été en si bonne condition physique", "t'as fait le plus dur", "t'as pas fait tous ces sacrifices pour craquer à 5km de l'arrivée"," fais le pour ta famille, pour tes amis" ).
Mon visage est crispé, mon souffle et mon rythme cardiaque s'accélèrent, je sens les premiers fourmillements dans mon mollet droit me faisant craindre l'arrivée prochaine d'une crampe. Je me rassure en voyant que je continue sans cesse à doubler des coureurs.
A 3km de l'arrivée je n'ai plus que 30 secondes d'avance sur mon objectif...
Mon lièvre sent que je suis proche de la rupture et commence à me hurler dessus pour que je ne lâche pas !
J'avoue ne pas avoir beaucoup de souvenir des 2 deniers kilomètres, seulement l'impression d'être dans ma bulle dans un état un peu second
Arrive alors les 500 derniers mètres, je vérifie le chrono, ça me semble court, je tente d'accélérer mais un début de crampe au mollet vient calmer mes ardeurs.
Mon regard est fixé sur la ligne d'arrivée, je donne tout ce qu'il me reste d'énergie.
Je franchis alors la ligne, stoppe mon chrono et lis 3h09min19 secondes, objectif 3h10 dépassé de 40 secondes, j'exulte et cris de joie !!!
Il est 11h58, mes jambes sont tétanisées, des larmes se mettent alors à couler sur mes joues. Je suis fier, heureux et exténué comme jamais.
Je reste là, à regarder les coureurs passer la ligne les uns après les autres en constatant que leurs visages changent d'expression immédiatement après avoir passé l'arrivée. Certains tombent, d'autres s’enlacent. Des pleurs, des sourires, des cris, viennent ponctuer leur premiers pas de finishers...
Je pense alors aux autres DDX qui sont sur le bitume, espérant que tout se passe bien pour eux, impatient de connaître leurs résultats, leurs impressions.
Je tente de me diriger vers le stand de massage mais je n'arrive plus à marcher. Je mettrai plus de 20 minutes pour faire les 500m restant...
Je récupère mon sac, mon téléphone, c'est parti pour les textos, les appels...
Je retrouve mon lièvre que j'enlace, je le remercie pour son aide précieuse. Il me dit avoir pris énormément de plaisir dans ce rôle même s'il avoue avoir fortement douté au 36éme km en voyant mon visage...:-)
Après un massage salvateur, on se dirige vers la 1ere brasserie pour s'autoriser ce qui était interdit depuis quelques mois: bière + tartare XXL + frites
Le repas sera vite englouti, se refaisant 10 fois la courses, partageant nos ressentis de course.
Le temps est radieux, une bien belle journée s’achève dans la plus belle ville du monde...

Maintenant place à la récupération pendant 1 petit mois avant de reprendre la saison de trail.
Prochains objectifs 2015:  Trail d'Hautacam 54km le 31 Mai, Trail Courchevel 54km le 2 Aout, puis 80km du GRP le 23 Aout et 100Km des Templiers le 24 octobre

Merci à tous les DDX pour leurs encouragements, à Stéphane pour son plan d'entraînement, à Adam pour ses derniers conseils de veille de course, à Yohann pour m'avoir accompagné sur cette prépa.

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